L’essentiel
- La protection dépend de l’entité juridique indiquée dans votre contrat, et non de la marque ou de la langue de l’application.
- La ségrégation vise à isoler les avoirs des clients du patrimoine du courtier, sans garantir leur valeur ni éliminer tout risque de restitution.
- La garantie des dépôts couvre certains dépôts bancaires, tandis que l’indemnisation des investisseurs concerne des avoirs qu’un prestataire ne peut restituer.
- En France, la garantie des dépôts atteint 100 000 euros et la garantie des titres du FGDR 70 000 euros, sous conditions.
- Dans l’Union européenne, les régimes d’indemnisation des investisseurs doivent assurer un niveau minimal de 20 000 euros, avec des règles nationales à vérifier.
- Vérifiez l’entité, son agrément, le dépositaire des espèces et le régime de garantie dans les documents contractuels à jour.
La protection de vos titres chez un courtier étranger repose d’abord sur leur séparation des actifs propres du prestataire. Si le courtier fait faillite, cette ségrégation doit faciliter leur restitution ou leur transfert, mais elle ne protège ni contre une baisse des marchés ni contre toute anomalie de conservation.
Vos espèces peuvent relever d’un autre mécanisme : la garantie des dépôts si elles constituent un dépôt éligible auprès d’une banque, ou l’indemnisation des investisseurs si un prestataire ne peut pas restituer les avoirs qui lui ont été confiés. Le pays d’établissement et l’entité précise avec laquelle vous avez signé déterminent les règles applicables. Un client résidant en France n’est donc pas automatiquement couvert par le FGDR.
Quelle entité juridique est responsable de votre compte ?
Le nom affiché sur le site ou l’application désigne souvent une marque, pas nécessairement la société qui détient votre compte. Un même groupe peut proposer ses services dans plusieurs pays au moyen de filiales différentes, ou faire varier l’entité contractante selon le pays de résidence du client. C’est cette entité, et non le groupe pris dans son ensemble, qu’il faut identifier pour déterminer le régime de protection.
La résidence française ne désigne pas le régime de garantie
Relevez le nom juridique complet de l’entreprise dans la convention de compte, les conditions générales et le document d’informations réglementaires. Cherchez aussi son adresse de siège, son numéro d’agrément, l’autorité qui la supervise et le pays de cette autorité. Une succursale française d’une société étrangère n’est pas nécessairement l’entité qui a signé votre contrat : la société mère ou une autre filiale peut rester votre cocontractant.
Pour une entreprise agréée dans l’Union européenne, la fourniture transfrontalière de services peut s’appuyer sur un passeport européen. Cela ne signifie pas que le FGDR français devient automatiquement le régime compétent. Les règles du pays d’origine de l’entité peuvent s’appliquer, en particulier pour l’indemnisation des investisseurs. Pour un prestataire établi hors de l’Union européenne, les garanties et les recours peuvent être différents, même s’il accepte des clients français.
Les documents à consulter ne se limitent pas à la page d’accueil
La convention de compte précise normalement quelle société fournit le service. Les documents relatifs à la conservation indiquent parfois le dépositaire ou les intermédiaires auxquels les titres sont confiés. Une rubrique sur la protection des actifs ou les réclamations peut nommer le régime d’indemnisation. Ces informations peuvent être dispersées entre plusieurs documents, et les conditions peuvent évoluer : vérifiez la version qui s’applique à votre compte, pas seulement une brochure commerciale.
Que signifie la ségrégation des titres ?
La ségrégation consiste à distinguer les actifs des clients de ceux que le courtier détient pour son propre compte. Les règles applicables imposent des obligations de conservation et de tenue des registres, qui visent à éviter que les titres des clients soient traités comme les biens ordinaires de l’entreprise en faillite. Si les registres sont fiables et les actifs présents, ils peuvent en principe être identifiés puis restitués ou transférés.
Cela ne veut pas dire que chaque action porte votre nom dans le registre de l’entreprise émettrice. Les titres sont souvent conservés par l’intermédiaire d’un dépositaire, parfois dans un compte collectif où les positions de plusieurs clients sont enregistrées ensemble. Le courtier doit alors tenir une comptabilité permettant d’attribuer à chacun ses droits. Cette chaîne de conservation peut inclure plusieurs établissements et plusieurs pays.
Une ségrégation ne garantit pas une restitution sans délai ni perte
En cas de défaillance, il faut rapprocher les registres du courtier, ceux du dépositaire et les positions revendiquées par les clients. Une procédure d’insolvabilité, une erreur de tenue de compte ou un manque d’actifs peut retarder la restitution. Si un déficit subsiste, l’indemnisation dépend alors du régime applicable, de la nature de la créance et de l’éligibilité du client. La ségrégation réduit certains risques, mais ne remplace pas une garantie.
Elle ne couvre jamais le risque de marché. Si une action achetée 1 000 euros ne vaut plus que 700 euros, cette baisse de 300 euros reste à la charge de l’investisseur, que le courtier soit français ou étranger. De même, la garantie des titres n’est pas une assurance contre une mauvaise décision d’investissement, un émetteur en difficulté ou la fermeture d’un fonds.
Ségrégation et indemnisation : deux protections différentes
Ségrégation des actifs
- Organise la séparation des avoirs clients et des biens propres du courtier.
- Facilite l’identification et la restitution des titres conservés.
- N’a pas, à elle seule, de plafond d’indemnisation ni de valeur garantie.
Indemnisation des investisseurs
- Peut intervenir si un prestataire défaillant ne peut pas restituer des avoirs éligibles.
- Dépend d’un régime précis, de plafonds et de conditions nationales.
- Ne compense pas les pertes dues aux variations des cours.
Notre lecture : La ségrégation est une règle de conservation ; l’indemnisation est un recours limité lorsque des avoirs confiés ne peuvent pas être rendus.
La garantie des dépôts couvre-t-elle les espèces du compte ?
La garantie des dépôts concerne les sommes qui répondent à la définition d’un dépôt éligible auprès d’un établissement de crédit couvert. En France, le plafond est de 100 000 euros par déposant et par établissement, tous les comptes éligibles détenus dans cette même banque étant pris en compte ensemble. Le cadre européen prévoit également une protection des dépôts jusqu’à 100 000 euros, mais les modalités et l’organisme compétent dépendent du pays de l’établissement.
Un solde affiché dans l’espace espèces d’un courtier ne constitue pas nécessairement un dépôt bancaire ouvert à votre nom. Le courtier peut être lui-même une banque, placer l’argent des clients sur un compte collectif auprès d’une banque tierce, ou faire appel à un autre type d’établissement. En présence d’un compte collectif, l’application du plafond à chaque client dépend notamment de la structure juridique et de la qualité des registres permettant d’identifier les bénéficiaires.
Demandez donc où les espèces sont détenues, au nom de qui, et quel mécanisme s’applique si la banque dépositaire fait faillite. Si l’argent se trouve dans un établissement de monnaie électronique ou constitue une créance sur le courtier plutôt qu’un dépôt bancaire éligible, ne présumez pas que la garantie des dépôts s’applique. Une protection ou une séparation distincte peut exister, mais ses effets ne sont pas identiques.
Quand l’indemnisation des investisseurs peut-elle intervenir ?
Les régimes d’indemnisation des investisseurs visent principalement le cas où une entreprise d’investissement ne peut pas rendre les espèces ou les instruments financiers qui lui ont été confiés. Dans l’Union européenne, les dispositifs nationaux doivent respecter un niveau minimal de protection de 20 000 euros. Ce montant n’implique pas que tous les régimes aient des modalités identiques : les conditions d’accès, les exclusions et les procédures relèvent aussi des règles nationales.
En France, le FGDR peut indemniser les titres jusqu’à 70 000 euros par investisseur et par établissement lorsque les conditions de la garantie sont réunies. Il s’agit d’un plafond de protection contre la défaillance du teneur de compte, pas d’une valeur minimale garantie pour chaque portefeuille. Les espèces confiées à un prestataire d’investissement peuvent relever de cette garantie des titres si elles entrent dans son champ, tandis que des dépôts bancaires éligibles relèvent d’un dispositif distinct.
La garantie peut être plafonnée, limitée aux clients ou créances éligibles et soumise à une procédure de constatation de la défaillance. Les clients professionnels, les contreparties financières ou certaines créances peuvent être traités différemment ou exclus selon le régime. Un plafond annoncé ne signifie donc pas que toute somme inscrite sur l’application sera versée automatiquement. Pour un courtier étranger, le régime indiqué par l’entité contractante et les règles du pays d’établissement sont déterminants.
| Mécanisme | Risque principalement concerné | Plafond indicatif à vérifier | Ce qu’il ne couvre pas |
|---|---|---|---|
| Ségrégation des actifs | Confusion entre les avoirs du client et le patrimoine du courtier | Pas de plafond d’indemnisation propre | Une baisse des cours ou tout déficit non résolu |
| Garantie des dépôts | Défaillance d’une banque pour des dépôts éligibles | 100 000 euros par déposant et établissement en France ; cadre européen similaire | Les titres et les soldes qui ne sont pas des dépôts éligibles |
| Indemnisation des investisseurs | Impossibilité d’un prestataire de rendre des avoirs éligibles | 70 000 euros en France pour les titres ; minimum européen de 20 000 euros selon le régime applicable | Les pertes de marché et les créances exclues ou non éligibles |
Quels avoirs et quelles opérations peuvent sortir du champ ?
Un régime de protection ne couvre pas indistinctement tout ce qui apparaît dans un portefeuille. Une action détenue en conservation, une somme placée dans un compte bancaire et une créance sur le courtier sont des catégories différentes. Les fonds monétaires, les produits dérivés et les contrats de différence ont également des structures propres : un CFD est un contrat avec le prestataire, pas une action détenue en direct.
Vérifiez aussi si le courtier prête vos titres, les réutilise ou les conserve via un compte collectif. Un prêt de titres peut modifier les droits et les risques selon le contrat, notamment si les titres sont transférés au bénéficiaire du prêt et remplacés par une créance ou une garantie. L’achat de fractions d’actions peut lui aussi correspondre à un droit contractuel plutôt qu’à la détention directe d’une fraction inscrite à votre nom. Les documents doivent expliquer ce qui est réellement conservé pour vous.
Enfin, la protection ne rend pas automatiquement un prestataire autorisé. Une plateforme frauduleuse peut reprendre le nom d’une société réelle ou afficher un faux agrément. Avant tout versement, comparez l’entité et les coordonnées du contrat avec les registres officiels, et consultez les alertes de l’AMF. Les signaux d’alerte et les vérifications à effectuer sont détaillés dans notre guide pour reconnaître un faux courtier en Bourse.
Comment vérifier le régime applicable avant d’investir ?
Faites les vérifications à partir des documents du compte et des registres publics, sans vous arrêter aux mentions commerciales telles que « fonds protégés » ou « compte sécurisé ». Une formulation générale ne précise ni le type de garantie, ni son plafond, ni les exclusions. Conservez une copie des conditions en vigueur à l’ouverture et des notifications ultérieures, car elles permettent de retrouver les engagements applicables.
Vérifier l’entité et les protections en sept étapes
Relever l’entité contractante
Notez sa dénomination légale exacte, son pays de siège, son adresse et son numéro d’agrément dans la convention de compte et les relevés.
Confirmer l’autorisation
Recherchez l’entreprise dans les registres de l’AMF et, selon son statut, dans REGAFI. Pour une entité européenne, vérifiez aussi l’autorité de son pays d’origine et les informations relatives à son passeport pour fournir des services en France.
Identifier le régime d’indemnisation
Cherchez le nom de l’organisme compétent, le plafond, les clients éligibles, les exclusions et la procédure à suivre. Si le document reste vague, demandez une réponse écrite au service client.
Localiser les espèces
Demandez si elles sont détenues par une banque ou un autre établissement, si le compte est individuel ou collectif, et à quel régime elles peuvent prétendre.
Comprendre la conservation des titres
Vérifiez le dépositaire, l’existence d’un compte collectif, les règles de rapprochement des positions et les conditions de transfert en cas de défaillance.
Lire les clauses sur les opérations particulières
Repérez les autorisations de prêt ou de réutilisation des titres, le traitement des fractions d’actions et les protections propres aux produits dérivés.
Recontrôler après un changement
Une migration vers une autre filiale, une modification des conditions ou un changement de résidence peut affecter l’entité responsable. Relisez les documents concernés et conservez les nouvelles versions.
La protection des avoirs ne doit pas être le seul critère de choix. Comparez aussi les coûts de garde, de conversion, de transfert et les conditions de prêt de titres : les frais parfois moins visibles d’un courtier en ligne peuvent peser sur le compte sans relever d’aucun régime de garantie. Si vous hésitez entre un compte-titres et un PEA, leurs différences d’usage et de fiscalité méritent également d’être examinées séparément.
Pour comparer correctement les enveloppes, consultez notre analyse des différences entre PEA et compte-titres. Quel que soit le compte retenu, vérifiez les conditions propres à l’entité qui le tient : un courtier peut proposer plusieurs enveloppes sans appliquer exactement le même dispositif de conservation ou de garantie à chacune.
Que faire si le courtier ne peut plus restituer vos avoirs ?
Commencez par télécharger vos relevés, confirmations d’ordres, justificatifs de dépôt et documents contractuels accessibles. Ils permettent d’établir les espèces et les titres déclarés sur le compte avant l’interruption du service. Évitez de transmettre des codes d’accès ou des informations bancaires à des personnes qui prétendent accélérer une indemnisation : les communications officielles doivent être vérifiées auprès de l’autorité ou de l’organisme compétent.
Adressez-vous à l’entité contractante et suivez les consignes de l’administrateur ou de l’organisme désigné, s’il y a une procédure d’insolvabilité. Déclarez votre créance dans les délais indiqués et distinguez les titres manquants des espèces détenues par une banque. Le traitement peut être différent selon chaque catégorie. Pour comprendre ce qui peut se passer lors de la défaillance d’un intermédiaire, consultez aussi notre page sur le devenir des titres si un courtier fait faillite.
Questions fréquentes
Un courtier étranger est-il moins sûr qu’un courtier français ?
Pas nécessairement : la nationalité du courtier ne suffit pas à mesurer la sécurité des avoirs. Il faut vérifier l’entité qui tient le compte, son agrément, les règles de ségrégation et le régime d’indemnisation applicable. Un prestataire étranger agréé peut être soumis à des obligations strictes, mais le plafond et la procédure de garantie peuvent différer de ceux du FGDR français.
La garantie de 100 000 euros couvre-t-elle automatiquement le solde espèces chez un courtier ?
Non. Le plafond de 100 000 euros concerne les dépôts éligibles auprès d’un établissement de crédit, et ne s’applique pas automatiquement à tout solde affiché par un courtier. Il faut savoir si l’entité est une banque, où l’argent est placé et si un éventuel compte collectif permet d’identifier les clients bénéficiaires. Une créance sur le courtier ou un solde détenu par un autre type d’établissement peut relever d’un autre régime.
La garantie des investisseurs rembourse-t-elle une action qui a perdu de la valeur ?
Non. L’indemnisation des investisseurs vise une impossibilité de restituer des avoirs éligibles lorsque le prestataire fait défaut, selon les conditions du régime concerné. Elle ne compense pas la baisse du cours d’une action, la faillite de l’entreprise émettrice ou une perte liée à un produit financier. Le montant détenu peut aussi dépasser le plafond applicable.
Un courtier européen doit-il protéger les titres de la même façon dans tous les pays ?
Les règles européennes imposent un cadre commun pour plusieurs obligations, mais les régimes nationaux d’indemnisation, leurs organismes et leurs modalités ne sont pas identiques. Le minimum européen de protection des investisseurs est de 20 000 euros, tandis que certains pays prévoient un plafond supérieur. Vérifiez le pays d’agrément et le régime explicitement indiqué dans le contrat de votre entité.
Comment savoir si mon courtier dépend du FGDR ?
Cherchez la dénomination juridique de votre cocontractant dans les documents du compte et vérifiez les informations d’agrément et de garantie auprès des registres officiels. Le fait que le courtier ait une adresse ou un service client en France ne prouve pas que le FGDR couvre votre compte. Pour une entité étrangère, le régime du pays d’origine peut être compétent, selon le statut de l’entreprise et la nature des avoirs.
Les titres détenus par un dépositaire étranger sont-ils forcément protégés par son régime national ?
Pas forcément. Le dépositaire conserve les titres dans la chaîne de garde, mais votre relation contractuelle peut rester avec le courtier, qui tient le compte et enregistre vos droits. Les obligations et les mécanismes applicables dépendent de la structure de conservation et de la qualité des registres. Consultez les documents qui nomment le dépositaire, sans en déduire qu’un régime national particulier vous couvre automatiquement.



